Budget et financement
C’est l’étape qui met un chiffre sur tout ce que vous avez décidé jusqu’ici. Elle se prépare mal parce qu’on la réduit souvent à une question : combien puis-je emprunter ? La vraie question est ailleurs : de quoi avez-vous besoin, et sur quelles ressources pouvez-vous compter. L’emprunt n’est que la différence entre les deux.
L'essentiel à retenir
- Une reprise se finance plus facilement qu'une création, parce qu'il existe un historique de recettes ; même si elle peut coûter plus cher, le droit de présentation étant à financer.
- Le montant de l'emprunt n'est pas une donnée d'entrée, c'est un résultat : besoins moins ressources.
- Trois natures de dépenses, et l'oubli porte presque toujours sur la troisième : l'investissement, le fonctionnement, et vos dépenses personnelles.
- Les charges tombent dès le premier mois, les recettes montent progressivement. C'est le besoin en fonds de roulement, et c'est ce qui fait échouer des projets par ailleurs viables.
- Les aides n'arrivent pas au moment de l'installation. Elles se versent par tranches, parfois plus d'un an après. Ne les intégrez pas à votre trésorerie de départ.
Recenser toutes les dépenses
Ce que vous financez dépend d’abord de la voie choisie à l’étape 1.
Si vous créez
Il n’y a pas de patientèle à acquérir. Restent les équipements et matériels, les aménagements et travaux du local, et selon la profession le véhicule professionnel.
Si vous reprenez
Le droit de présentation à la patientèle représente la plus grande part. S’y ajoutent le droit au bail, le véhicule, et les travaux éventuels ; un local repris est rarement un local aux normes.
Si vous entrez dans une société
En société de moyens, vous financez la valeur du droit d’intégration et des parts. En société d’exercice, vous financez la valeur des parts acquises.
→ Voir Reprendre ou créer un cabinet et Choisir son statut d’exercice
Dans les trois cas, ajoutez les droits d’enregistrement et les frais d’acte.
- Ils ne figurent jamais dans le prix annoncé, et ils se règlent comptant.
Comment se détermine la valeur des parts d'une société
C’est une question qui revient dès qu’on rejoint un groupe existant, et la réponse n’est pas intuitive.
La valeur de vos parts dans une société d’exercice correspond à deux éléments :
- votre quote-part sur le droit de présentation à la patientèle de la société ;
- les droits patrimoniaux que vous détenez dans la société (local, droit au bail), retenus pour leur valeur nette, emprunts déduits.
Les clauses d’agrément minorent la valeur des parts.
- Si les statuts restreignent la liberté de céder à un tiers, ce que vous détenez est moins liquide, donc moins valorisé. C’est une clause à lire avant d’entrer, pas au moment de sortir.
Il n’existe aucun barème légal.
- Ni pour une patientèle, ni pour des parts de société. Les méthodes usuelles donnent des ordres de grandeur ; le prix reste une négociation, et il doit s’apprécier au regard des recettes réellement observées.
Le budget prévisionnel : trois catégories, pas deux
Le dossier de demande de prêt se construit sur un budget prévisionnel, établi de préférence sur plusieurs années ; sept en général.
La troisième catégorie n’est pas un détail de présentation. Un prévisionnel qui n’intègre pas ce dont vous avez besoin pour vivre ne dit pas si le projet tient : il dit seulement si le cabinet s’équilibre. Ce n’est pas la même question.
| Catégorie | Ce qu'elle contient | Le piège |
|---|---|---|
| Dépenses d'investissement | Droit de présentation, parts de société, frais du local et d'acquisition, travaux, mobilier, matériel, équipement informatique | Les frais d'acquisition, systématiquement sous-estimés |
| Dépenses de fonctionnement | Loyer, énergie, assurances, cotisations sociales, frais financiers de l'emprunt | Le besoin en fonds de roulement, qu'on oublie de budgéter alors qu'il est maximal au démarrage |
| Dépenses personnelles | Loyer de votre habitation, charges familiales, train de vie, impôts | La catégorie qu'on omet, et c'est elle qui détermine ce que vous devez réellement dégager |
Le plan de financement : l'emprunt est un résultat
Le budget sert à établir un plan de financement sur trois ans au minimum. Le principe est simple, et c’est ce qui le rend efficace :
D’un côté, vos besoins : frais d’établissement, immobilisations, besoin en fonds de roulement.
De l’autre, vos ressources : apport personnel, aides financières éventuelles.
La différence donne le montant à emprunter.
C’est l’inverse de la démarche spontanée
- qui consiste à demander une capacité d’emprunt puis à ajuster le projet. Partir des besoins réels évite deux erreurs symétriques : emprunter trop, et découvrir en cours de route qu’on a emprunté trop peu ; ce qui est bien plus difficile à corriger.
Pourquoi une reprise se finance plus facilement qu'une création
Une reprise peut coûter plus cher : il faut financer le droit de présentation à la patientèle, que la création ne connaît pas.
Elle se finance pourtant plus facilement, parce qu’il existe un historique. Vous présentez à l’établissement de crédit les derniers bilans de votre prédécesseur : le prêteur apprécie des recettes constatées. En création, vous ne présentez qu’un prévisionnel ; étayé par une étude de marché, mais un prévisionnel tout de même.
Ce que ça change concrètement : si votre dossier de création est refusé, ce n’est pas nécessairement le montant qui pose problème, c’est l’absence d’historique. Renforcer l’étude préalable, ou envisager une reprise, peut débloquer une situation qu’un apport supplémentaire ne débloquerait pas.
Quelle solution pour quel poste
Les deux points d'arbitrage qui reviennent le plus
Le crédit-bail préserve votre capacité d’emprunt. C’est son intérêt principal dans un plan de financement, et il est souvent mal compris : financer le plateau technique en crédit-bail laisse la capacité bancaire disponible pour le poste que la banque est seule à pouvoir financer : les murs.
Le crédit de trésorerie n’est pas un financement d’installation, et c’est précisément pourquoi il compte. Le prêt d’installation couvre des investissements identifiés ; il ne couvre pas le décalage entre des charges qui tombent dès le premier mois et des recettes qui montent progressivement. C’est l’outil du besoin en fonds de roulement ; celui dont on découvre l’utilité au troisième mois.
Chez CMV Médiforce, le crédit de trésorerie s’appelle Méditréso : C’est un crédit de trésorerie professionnel renouvelable : vous disposez d’une réserve de trésorerie que vous utilisez seulement quand vous en avez besoin (sans justificatif d’utilisation). Vous ne payez des intérêts que sur les sommes réellement utilisées. Et chaque remboursement reconstitue votre réserve qui reste disponible pour de futures dépenses.
| Solution | Ce qu'elle finance bien | Ce qu'elle change dans le plan |
|---|---|---|
| Crédit amortissable | Droit de présentation, rachat de patientèle, parts de société, murs, travaux, biens neufs ou d'occasion | Vous êtes propriétaire dès l'achat : vous amortissez le bien et déduisez les intérêts |
| Crédit-bail (leasing) | Matériel et véhicule neufs | Ne consomme pas votre capacité d'emprunt bancaire, que vous gardez pour la patientèle ou les murs. Loyers déductibles |
| Location financière | Matériel dont la technologie évolue vite | Pas d'option d'achat : vous raisonnez renouvellement plutôt que propriété |
| Crédit de trésorerie | Décalages de trésorerie, petites fournitures | Couvre le besoin en fonds de roulement ; le poste que le prêt d'installation ne finance pas |
| Location longue durée | Véhicule uniquement | Aucune acquisition au terme. Logique d'usage, et kilométrage à estimer correctement |
Financer la patientèle ou les parts de société
C’est l’investissement le plus important d’une reprise comme d’une entrée en société.
- La durée est couramment de sept ans, comme pour un prêt d’installation en création.
- Le financement peut couvrir la totalité du prix de la patientèle ou des parts.
- Un financement global peut regrouper l’ensemble des besoins d’installation.
- Les intérêts sont déductibles dès la première année.
CMV Médiforce, marque commerciale de BNP Paribas Lease Group dédiée au financement des professionnels libéraux de santé, accompagne les installations, les rachats de patientèle et de parts, ainsi que les changements de structure.
Le passage en société se finance aussi.
- Transformer un cabinet individuel en SELARL, créer une SCM avec des confrères, racheter les parts d’un associé sortant : ces opérations relèvent du même type de prêt qu’une installation. Beaucoup de praticiens l’ignorent et diffèrent une restructuration qu’ils auraient pu financer.
Ce que les aides ne financent pas
Une erreur fréquente consiste à intégrer les aides à la trésorerie de démarrage. Elles n’y sont pas.
- Les contrats conventionnels se versent par tranches, après l’installation, et sur plusieurs années.
- La dotation numérique arrive avec douze à quinze mois de décalage entre l’année évaluée et le versement.
- Les exonérations fiscales ne sont pas des versements : elles réduisent un impôt que vous auriez payé plus tard.
- Bpifrance ne subventionne pas. Sa garantie couvre une part de la perte finale du prêteur en cas de défaillance ; elle ne réduit ni votre dette ni vos échéances. Elle facilite l’obtention du prêt, ce qui est déjà décisif.
Construisez votre plan de trésorerie sans les aides, et traitez-les comme ce qu’elles sont : un allègement différé, pas un apport.
→ Voir Les aides à l’installation
Questions fréquentes
Faut-il un apport personnel pour s'installer ?
Ce n'est pas une condition de principe : certains financements couvrent la totalité du besoin. Un apport reste utile ; il réduit le montant emprunté et donc les échéances ; mais son absence n'interdit pas le projet. Le déterminant reste la solidité du dossier, et en particulier l'existence d'un historique de recettes.
Sur quelle durée emprunte-t-on pour une installation ?
Sept ans est la durée courante pour le financement d'une patientèle ou de parts de société, en reprise comme en création. Les équipements se financent en général sur des durées plus courtes, calées sur leur durée d'usage.
Mon dossier de création a été refusé. Que faire ?
Regardez d'abord ce qui a été jugé insuffisant. Un refus en création porte souvent sur l'absence d'historique plutôt que sur le montant. Renforcer l'étude préalable, revoir l'implantation, ou envisager une reprise change davantage la situation qu'un apport supplémentaire.
Peut-on financer les travaux du local ?
Oui, par crédit classique. Attention à la distinction fiscale : les travaux de décoration se déduisent en charges, les gros travaux d'agencement et les mises aux normes doivent être immobilisés et amortis. Cela change votre résultat de première année.
Faut-il financer le véhicule comme le matériel ?
Pas nécessairement. Crédit amortissable, crédit-bail et location longue durée répondent à des logiques différentes : propriété immédiate, option d'achat au terme, ou usage sans acquisition. L'arbitrage dépend de la durée pendant laquelle vous comptez le garder.
Quand faut-il commencer à préparer son plan de financement ?
Avant de signer quoi que ce soit. Le plan détermine ce que vous pouvez engager ; l'établir après avoir promis un prix revient à l'ajuster à une contrainte qu'on s'est imposée soi-même.